Le feuilleton de la présidentielle · n° 2 · la semaine du 13 au 19 septembre 2026
Précédemment
Depuis la rentrée, un sujet s’installe sous la campagne : le budget 2027, que le gouvernement doit faire voter cet automne sans majorité à l’Assemblée.
Marine Le Pen est candidate depuis le 7 juillet. Elle a été condamnée en appel ce jour-là, mais son recours devant la Cour de cassation suspend la peine qui l’empêcherait de se présenter : à ce jour, elle peut être candidate.
À droite et au centre, cinq candidats sont déclarés. Édouard Philippe a proposé le 8 septembre une réunion des candidats « autour de la Toussaint ». Dès le lendemain, Bruno Retailleau a répondu « Non, je n’irai pas », et Gabriel Attal : « des réunions, il y en a tous les mois ».
À gauche, Jean-Luc Mélenchon est candidat ; les autres partis préparent deux primaires en octobre.
Jeudi soir, vingt heures
Jeudi 17 septembre, vingt heures. Aux Ponts-de-Cé, au bord de la Loire, Édouard Philippe commence un discours sur la « sécurité climatique » : « Nous ne choisirons pas le climat de 2050, il s’imposera à nous ». À vingt heures trente-neuf, une dépêche rapporte les mots de Gabriel Attal à Reims : « faire naître les États-Unis d’Europe ». Le même soir, sur BFMTV, Éric Zemmour : « Je serai candidat à l’élection présidentielle. »
Trois candidats, trois prises de parole, la même soirée. Le lendemain, un agrégateur de presse relevait vingt-deux titres distincts pour la seule candidature Zemmour.
Au même moment, un quatrième homme parlait, avec un chiffre. Dans un entretien au Figaro paru ce soir-là, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a chiffré le budget 2027 : « un effort budgétaire d’environ 54 milliards d’euros », « le plus rigoureux depuis très longtemps ». Le lendemain, l’écart entre ce que paient la France et l’Allemagne pour emprunter à dix ans a touché un point entier, selon Reuters : cela n’était pas arrivé depuis 2012. Et vendredi soir, l’agence de notation Scope a abaissé la note de la France, de AA- à A+.
Notre lecture
Ce qui précède est un récit de faits. Ce qui suit est une interprétation, signée.
La même semaine peut se raconter de deux façons. Celle qu’on a racontée : des candidats qui entrent en scène, chacun avec son sujet. Celle qui a compté : des événements que personne n’a choisis et auxquels chaque candidat devra répondre. Mardi, environ 59 % de grévistes à EDF à la mi-journée et un dépôt pétrolier bloqué à Fos-sur-Mer. Un ancien ministre des finances, Bruno Le Maire, qui déclare le même jour : « Nous approchons à grand pas d’un accident financier majeur ». Les 54 milliards jeudi. Vendredi, le coût de la dette, la note abaissée, et une « journée noire » fixée par la CGT et Force ouvrière au 29 septembre. Samedi, le ministère de l’Économie a complété le tableau : une dette à 121,7 % du PIB en 2027, « un record » selon l’AFP.
Notre lecture tient en une phrase : à trente semaines du vote, la campagne se décide moins sur les estrades que dans le budget de l’automne. Un discours de rentrée se choisit ; un budget s’impose. Chaque camp va devoir dire ce qu’il en fait (le voter, le laisser passer, le faire tomber), alors que trois enquêtes d’opinion de la semaine portent sur le pouvoir d’achat et le prix des carburants.
Un signe de ce déplacement : vendredi à dix heures trente, le président de la République a réuni à l’Élysée douze chefs de partis et candidats, avec les responsables du renseignement. Le compte rendu de l’Élysée nomme deux sujets : « l’intensification des menaces hybrides russes », et l’énergie. Le gazole, y lit-on, « vient de battre aujourd’hui 2,39 euros le litre en moyenne », et la France « fait tout pour faciliter la réouverture pacifique du détroit d’Ormuz ». Sept candidats à la présidentielle étaient dans la pièce : Gabriel Attal, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Fabien Roussel et Marine Tondelier. Le Rassemblement national y était représenté par Jordan Bardella (Marine Le Pen était en campagne au Porge, en Gironde, ce jour-là), La France insoumise par Manuel Bompard. La semaine racontée a eu trois orateurs et trois lieux ; la semaine qui a compté en a mis sept dans une seule pièce, sur un sujet venu d’ailleurs.
Les six intrigues de la campagne
Chaque semaine, nous suivons les six mêmes questions. Certaines bougent, d’autres non, et le dire fait partie de l’information.
1. Le budget passera-t-il ?
a bougé
Cette intrigue a désormais ses chiffres. L’effort : environ 54 milliards d’euros. L’objectif : un déficit ramené à 5 % de la richesse nationale en 2027 (4,8 % hors nouvelles dépenses militaires), contre 6,5 % si rien n’était fait, selon le Premier ministre. La méthode annoncée : « la stabilité fiscale », c’est-à-dire un effort qui porte sur les dépenses. Première mesure connue : le gel du point d’indice, la base de calcul des salaires des fonctionnaires, pour deux milliards d’euros. L’appel de la CGT et de Force ouvrière à une « journée noire » le 29 septembre a suivi cette annonce.
Samedi, le ministère de l’Économie a publié la trajectoire : une dette de 119,3 % du PIB en 2026 et de 121,7 % en 2027. Deux pistes concernent les retraités, selon l’AFP : le plafond de leur abattement fiscal ramené de 4 439 à 3 000 euros, et, d’après « une source au sein de l’exécutif », « un gel ou une sous-indexation par rapport à l’inflation des pensions de retraite de base ». Le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, a indiqué que les aides au logement ne seraient pas revalorisées en 2027.
Trois oppositions ont parlé. La France insoumise, par la voix de Mathilde Panot, le 15 : « Nous censurerons quoi qu’il arrive et nous n’avons rien à discuter ». Le Parti socialiste, par Boris Vallaud : « Il est vraisemblable que l’on vote la censure ». Le Rassemblement national tient une autre ligne, énoncée par Marine Le Pen le 12 septembre au Touquet : mieux vaut un budget « imparfait » qu’une loi spéciale (le texte d’urgence qui, faute de budget, se contente de reconduire les impôts existants), mais sous conditions. Lundi sur TF1, le député Jean-Philippe Tanguy avait fait du gel des pensions de retraite « une ligne rouge » : c’est la piste rapportée samedi par l’AFP comme étudiée par le gouvernement. Au soir du 19, nous n’avons trouvé aucune réaction du Rassemblement national à cette piste.
Le dossier de cette semaine, plus bas, explique comment un budget peut être adopté sans majorité, et à qui revient la décision.
2. Marine Le Pen sera-t-elle sur le bulletin de vote ?
n’a pas bougé
Prochaine date : le 15 octobre, date limite pour que ses avocats déposent leurs arguments devant la Cour de cassation. D’ici là, rien ne change : elle est candidate et peut l’être.
3. La droite et le centre auront-ils un candidat commun ?
n’a pas bougé(une proposition nouvelle, sans preneur)
Ils sont toujours cinq : Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Xavier Bertrand et David Lisnard. La réunion proposée par Édouard Philippe garde ses deux refus. Le fait nouveau est venu vendredi de François Bayrou : à la rentrée de son parti, le MoDem, il a remis sur la table l’idée d’une primaire « allant de la droite à la gauche modérée », avec l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve à ses côtés. Au soir du 18 septembre, aucun des cinq candidats n’avait annoncé sa participation.
Pourquoi cette intrigue compte : les sondages mesurent Édouard Philippe à 14 % quand Gabriel Attal figure dans la liste. Quand il est le seul candidat du centre, il est mesuré entre 17 et 21 %. Gabriel Attal, lui, est entre 6 et 8 % dans le premier cas.
4. La gauche : une, deux ou trois candidatures ?
a bougé
La gauche ne prépare pas une sélection, mais trois.
Le fait de la semaine : la liste de la première primaire a été arrêtée mercredi, à cinq noms. Un sixième candidat, Philippe Brun, a été suspendu par le parti, qui invoque des « faits susceptibles de relever d’une caractérisation pénale » ; l’intéressé répond : « Je n’ai pas été entendu par les commissions du parti ».
Jean-Luc Mélenchon, qui ne participe à aucune des trois, est mesuré entre 15,5 et 17 % quelle que soit la liste testée ; Raphaël Glucksmann, entre 9 et 13,5 % selon les instituts.
5. Le Rassemblement national : seul, ou accompagné ?
a bougé
Trois faits. Le parti présente 54 têtes de liste aux élections sénatoriales du 27 septembre (son allié, l’UDR d’Éric Ciotti, en présente 7). Il a trois sénateurs sortants, et il en faut dix pour former un groupe, ce qui donne du temps de parole et des moyens. La seule estimation chiffrée de la semaine vient du sénateur Roger Karoutchi : « à peu près 5 sièges de sûr, ce qui permettrait au RN de passer à 8 », puis « 4 sièges possibles, mais pas certains ». Soit, dit-il, « un groupe de 10 ou 11 sièges », ou « 8 ou 9 ».
Ensuite, Éric Ciotti a proposé le 5 septembre un « pacte d’alliance » à Marine Le Pen. Deux semaines plus tard, nous n’avons trouvé aucune réponse publique.
Enfin, Éric Zemmour est officiellement candidat. Il est mesuré entre 4 et 5 %. Son meeting du dimanche 13, à Port-Marly, a réuni environ 1 800 personnes selon l’AFP ; celui de Marine Le Pen, le même jour à Hénin-Beaumont, environ 2 000.
6. De quoi parlera la campagne ?
a bougé
Trois enquêtes d’opinion ont été réalisées les mêmes jours, les 15 et 16 septembre, sur le pouvoir d’achat et les carburants. Pour Elabe et BFMTV, 71 % des Français s’attendent à une baisse de leur pouvoir d’achat, et 66 % soutiendraient un mouvement de type gilets jaunes ou auraient de la sympathie pour lui. Pour Odoxa et Le Figaro, 93 % font du prix des carburants un enjeu important de la présidentielle, 38 % un enjeu prioritaire ; interrogés sur qui y apporterait de bonnes réponses, 44 % citent Marine Le Pen et 29 % Édouard Philippe, les deux noms que nous avons relevés. Pour CSA, CNews, Europe 1 et Le JDD, 86,5 % veulent une baisse des taxes sur les carburants.
Jeudi soir, les trois discours portaient sur le climat, l’Europe et l’immigration. Le prix à la pompe a été évoqué vendredi : à l’entrée de l’Élysée, Fabien Roussel a demandé « des mesures fortes et rapides pour baisser les prix de l’énergie » ; à la sortie, Jordan Bardella a déclaré : « La question du pouvoir d’achat a été balayée par le gouvernement » ; et au Porge, Marine Le Pen a averti, selon le titre de l’AFP, d’« un risque de blocage de l’économie » sans baisse des taxes. Samedi, Fabien Roussel distribuait des tracts à un péage de l’Oise pour demander une TVA à 5,5 % sur les carburants.
Samedi aussi, un autre sujet est entré dans la campagne : la Russie. Après la prise de contrôle par Moscou d’actifs d’entreprises européennes (la dépêche de l’AFP cite Nestlé et Auchan), Marine Le Pen et Jordan Bardella ont publié un communiqué commun : « La politique étrangère de la France se décide à Paris, souverainement, en fonction des seuls intérêts de la Nation. Elle ne saurait être déterminée à Moscou ». Gabriel Attal a répondu sur X : « double discours insupportable et irresponsable ».
En veille : qui pourra se présenter ?
n’a pas bougé
Pour être candidat, il faut 500 signatures d’élus, un financement, et du temps d’antenne. Aucune de ces trois portes n’est encore ouverte : le décret qui lance le recueil des signatures est attendu « autour du 26 janvier », les règles de temps de parole pour la présidentielle ne sont pas publiées, et aucun compte de campagne n’est connu. Nous y reviendrons quand elles bougeront.
Le rapport de forces
Un mot de méthode, un seul : les instituts ne testent pas « la présidentielle », ils testent une liste de candidats possible. Changez un nom dans la liste, les chiffres changent. Pour comparer ce qui est comparable, nous retenons chaque semaine la même liste : Édouard Philippe seul candidat du centre, Raphaël Glucksmann candidat des socialistes.
Hors de cette liste : Gabriel Attal obtient 13 à 15,5 % quand il est le seul candidat du centre, 6 à 8 % quand Édouard Philippe se présente aussi ; Olivier Faure, 4,5 à 5,5 % quand il représente les socialistes ; François Hollande, 7 % chez Toluna Harris. David Lisnard et Xavier Bertrand, candidats déclarés, ne sont testés par aucun des deux instituts de la semaine. Au second tour face à Édouard Philippe, Toluna Harris donne Marine Le Pen à 55 %, sans changement depuis août ; OpinionWay pour CNews la donne aussi devant, avec un écart plus serré, de 51–49 à 55–45 selon le mode de calcul de l’institut.
Notre lecture du tableau. Marine Le Pen a près du double de son premier poursuivant. Derrière elle, deux candidats se tiennent à moins de deux points l’un de l’autre pour la deuxième place, et ils viennent de camps opposés. Et c’est au centre-droit et à gauche, hors Jean-Luc Mélenchon, que le nombre de candidats n’est pas fixé.
Ipsos bva-CESI pour Le Monde, le Cevipof, la Fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne : 13 060 personnes inscrites sur les listes électorales, interrogées du 3 au 9 septembre. Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL : 2 052 personnes, du 8 au 10 septembre. OpinionWay pour CNews : 935 personnes, les 9 et 10 septembre. Les fiches légales complètes sont à la page Méthode.
Ce que ça change pour qui décide
Nous ne donnons de conseil à aucun camp, et nous n’en donnons pas davantage aux entreprises. Nous relevons ce que la semaine change dans le décor de vos décisions.
Le coût de l’argent. Faits : l’écart entre ce que paient la France et l’Allemagne pour emprunter à dix ans a touché un point vendredi, le niveau de 2012 ; le soir, l’agence Scope a abaissé la note de la France de AA- à A+. Hypothèse : ce surcoût se diffuse, avec retard, vers les banques et les entreprises qui empruntent en France ; il restera élevé tant que le sort du budget sera ouvert, ce qui peut durer jusqu’à la mi-décembre.
La fiscalité. Le Premier ministre annonce un effort « dans la stabilité fiscale ». Si le texte déposé tient cette ligne, l’effort passera par la dépense : budgets des ministères, dotations des collectivités locales, salaires publics. Pour qui vend à l’État ou aux collectivités, c’est la ligne à surveiller. Les pistes précisées samedi portent sur les retraités et les aides au logement ; nous n’avons relevé aucune annonce sur la fiscalité des entreprises. Réserve : ce ne sont que des déclarations, connues par des reprises de presse ; le texte n’est pas déposé et le Parlement peut le réécrire.
Le calendrier social. Une date, le 29 septembre. Un fait : un dépôt pétrolier bloqué mardi à Fos-sur-Mer. Et un climat : 66 % des Français soutiendraient un mouvement de type gilets jaunes ou auraient de la sympathie pour lui (Elabe, enquête sur le pouvoir d’achat).
La fenêtre parlementaire. Notre hypothèse : l’automne sera pris par le budget, et un texte qui vous concerne, s’il n’est pas déjà en cours d’examen, a peu de chances d’avancer avant l’élection.
Le dossier de la semaine
Comment fait-on voter un budget sans majorité ?
C’est la question qui commande tout l’automne, et elle est plus simple qu’elle n’en a l’air. Il y a une horloge, et quatre sorties.
L’horloge. Le gouvernement doit déposer son projet de budget au plus tard le premier mardi d’octobre : cette année, le 6. À partir du dépôt, la Constitution donne soixante-dix jours au Parlement, dont quarante à l’Assemblée nationale en premier. On arrive à la mi-décembre. Le budget doit être en vigueur le 1er janvier.
Première sortie : le vote. Le budget est adopté comme n’importe quelle loi, à la majorité des suffrages exprimés. Encore faut-il la trouver. Aucun camp n’a la majorité à l’Assemblée : pour passer, le texte a besoin que des oppositions votent pour, ou au moins qu’elles s’abstiennent. L’abstention est l’arme discrète de cette procédure : un groupe qui s’abstient laisse passer le budget sans l’approuver.
Deuxième sortie : le 49.3. Le Premier ministre engage la responsabilité de son gouvernement : le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si les députés renversent le gouvernement. Pour cela, il faut une motion de censure votée par 289 députés, la majorité absolue de l’Assemblée. C’est une barre haute : ceux qui s’abstiennent comptent, de fait, pour le gouvernement.
Troisième sortie : les ordonnances. Si le Parlement ne s’est pas prononcé au bout des soixante-dix jours, la Constitution permet au gouvernement de mettre son budget en vigueur par ordonnance, seul. Cette sortie n’a jamais été utilisée sous la Ve République.
Quatrième sortie : la loi spéciale. C’est le filet de sécurité. Un texte de quelques articles qui autorise l’État à percevoir les impôts existants et à emprunter, pour continuer à payer ses agents et ses fournisseurs. Mais rien de plus : aucune mesure nouvelle, aucun investissement nouveau, des dépenses limitées au strict nécessaire. L’État tourne, il ne décide plus.
Ce qui s’est passé l’an dernier aide à lire cette année. Pour le budget 2026, le délai n’a pas été tenu : une loi spéciale a été votée le 23 décembre 2025. Les débats ont repris en janvier, le Premier ministre a fini par utiliser le 49.3, et le budget a été adopté le 2 février 2026, après le rejet de deux motions de censure. Celle des groupes de gauche, déposée sans le Parti socialiste, a réuni 260 voix sur les 289 nécessaires. Celle du Rassemblement national et de l’UDR en a réuni 135.
Cette année, le Premier ministre a fait une offre, pas une promesse. Le 17 septembre, il s’adresse à La France insoumise : « Je leur fais une proposition : qu’ils ne fassent aucune obstruction parlementaire. Il n’y aura ni 49.3, ni ordonnances, et à la fin, il y aura un vote. » La condition ne dépend donc pas du gouvernement, mais d’un tiers — et le 15 septembre, La France insoumise a annoncé : « Nous censurerons quoi qu’il arrive. » Tant que la condition n’est pas remplie, les quatre sorties restent ouvertes ; ce n’est que si elle l’était que ne resteraient que le vote et la loi spéciale. (Entretien au Figaro, non lu ; repris par Europe 1 et Public Sénat le 17 septembre.)
À qui revient la décision ? Notre lecture. Les deux chiffres de février donnent la règle du jeu. Avec 135 voix, le Rassemblement national et son allié ne renversent personne seuls. Avec 260 voix, une motion de gauche que le Parti socialiste ne votait pas a échoué de 29 voix. Autrement dit : rien ne tombe à l’Assemblée sans que la gauche entière et le Rassemblement national votent dans le même sens. En février, ce sont les voix socialistes qui ont manqué. Cette année, La France insoumise annonce : « Nous censurerons quoi qu’il arrive », et le Parti socialiste dit la censure « vraisemblable ». Si ces deux déclarations se confirment, la décision revient au Rassemblement national : qu’il vote contre, le budget tombe ; qu’il s’abstienne, il peut passer. Or Marine Le Pen a dit le 12 septembre qu’un budget « imparfait » valait mieux qu’une loi spéciale, en posant ses conditions. (Réserve : déduction à partir des scrutins de février 2026, dont le détail par groupe reste à relire sur la fiche de l’Assemblée ; ce n’est pas un décompte des groupes à ce jour.)
Ce qu’il faut regarder, dans l’ordre. Le 30 septembre, ou dans les jours qui suivent : le texte déposé tient-il la « stabilité fiscale », et touche-t-il aux pensions de retraite, la « ligne rouge » nommée par le Rassemblement national ? Fin septembre, début octobre : les motions de censure annoncées par la gauche, et qui les vote. En novembre : le vote sur les recettes à l’Assemblée, qui doit avoir lieu avant tout examen des dépenses. S’il échoue, il ne reste que la loi spéciale, sauf à revenir sur l’engagement pris. À la mi-décembre : la fin des soixante-dix jours.
À la même distance du vote
À trente semaines du premier tour, où en était-on les deux dernières fois ?
Fin septembre 2016. Emmanuel Macron avait quitté le gouvernement un mois plus tôt, le 30 août, et n’était pas candidat ; il se déclarera le 16 novembre. La droite n’avait pas choisi le sien : sa primaire aura lieu fin novembre, et François Fillon la gagnera. François Hollande, président sortant, n’avait pas encore renoncé ; il le fera le 1er décembre. Le futur vainqueur n’était pas encore candidat, et son futur adversaire de droite n’était pas encore désigné.
Mi-septembre 2021. Anne Hidalgo se déclarait à Rouen, le 12 septembre, trente semaines exactement avant le premier tour. Éric Zemmour n’était pas candidat ; il se déclarera le 30 novembre. La droite désignera Valérie Pécresse le 4 décembre. Résultats au premier tour : 1,75 %, 7,07 % et 4,78 %. Le président sortant ne se déclarera que le 3 mars.
Notre lecture : à trente semaines, la liste des candidats n’est pas écrite, et les tableaux de cette page décrivent une photographie, pas un résultat.
Nous prenons date
Chaque semaine, nous écrivons trois choses que nous attendons, avec une date et un critère qui permettent à n’importe qui de vérifier si nous avions raison. Une erreur sera publiée telle quelle : c’est ce qui donne sa valeur au reste.
Les trois rendez-vous pris cette semaine
1L’écart de taux entre la France et l’Allemagne sera encore d’au moins 0,90 point le 30 septembre au soir. Pourquoi : les prêteurs ont réagi avant de connaître le texte ; sa présentation n’efface pas ce que l’attente a déjà coûté. Nous aurons eu tort si l’écart repasse sous 0,90 point.
2Éric Zemmour restera entre 3 et 6 % dans les prochains sondages, malgré l’exposition de la semaine. Pourquoi : dans un paysage électoral, une place se libère quand un concurrent la laisse, jamais parce qu’on y parle plus fort ; et cette place est occupée. Le critère : la première enquête d’Ifop, d’Elabe et d’Ipsos réalisée après le 17 septembre, sur notre liste de référence. Nous aurons eu tort si l’un des trois le mesure hors de cette fourchette, ou n’a rien publié au 31 octobre.
3Édouard Philippe et Bruno Retailleau ne participeront ensemble à aucune réunion des chefs de la droite et du centre avant le 15 novembre. Pourquoi : deux refus datés, et une proposition de primaire qui n’a pas de preneur. Nous aurons eu tort si une telle réunion se tient.
Le tableau de bord
Neuf rendez-vous pris, aucun encore tranché : le premier verdict tombera dimanche prochain.
La semaine prochaine
Dimanche 27 septembre, les élections sénatoriales : 178 sièges, 1 681 candidats. La question : le Rassemblement national passe-t-il de trois à dix sénateurs ? Mardi 29, la « journée noire » syndicale. Autour du 30, le budget en Conseil des ministres. Jeudi 1er octobre, la rentrée du Parlement. Et jusqu’au 5 octobre, le procès en appel de François Bayrou et du MoDem dans l’affaire des assistants d’eurodéputés.
Générique
Le feuilleton de la présidentielle est produit chaque semaine par Frontière, à Marseille. Des agents d’intelligence artificielle lisent les sources publiques de la semaine : dépêches, discours, documents officiels, fiches de sondage. Ils les rangent selon notre grille de lecture : six questions, toujours les mêmes, posées à toute campagne et testées sur quatre scrutins — 2007, 2012, 2017 et 2022. Les intrigues de cette lettre en sont la traduction. Dans notre répertoire, cette grille porte un nom emprunté au jeu de go, le fuseki (l’ouverture de la partie) ; la page en lien l’explique, exemples à l’appui.
Cinq règles ne changent jamais ; en voici les trois qui gouvernent chaque ligne de cette lettre, les deux autres sont à la page Méthode. Nous lisons un système, un calendrier, des organisations, des discours, et jamais une personne (en ligne avec la réglementation européenne sur l’intelligence artificielle et les données personnelles) : vous ne trouverez ici aucun jugement sur le caractère ou la compétence de quiconque, et aucune intention prêtée à quelqu’un qui ne l’a pas dite lui-même. Tous les candidats sont traités de la même manière. Et la machine ne conclut rien : les interprétations sont signées.
Alice Arnaud — Frontière, Marseille, le 20 septembre 2026.
Notes : ce qui est solide, ce qui l’est moins, ce que nous n’avons pas trouvé
Connu par des reprises, pas lu à la source. L’entretien de Sébastien Lecornu au Figaro (les 54 milliards, la « stabilité fiscale », « ni 49.3, ni ordonnances », les 4,8 % et 6,5 %) : repris par Public Sénat, entretien non lu. Le chiffre de 59 % de grévistes à EDF : rapporté par Public Sénat. La date du 30 septembre pour le Conseil des ministres : une seule source, secondaire ; le gouvernement dit « dans les prochains jours ». Les propos de François Bayrou et le calendrier du vote écologiste : titres de presse. La primaire « unitaire » du 11 octobre et les inscrits attendus à la primaire socialiste : source secondaire. La date du 15 octobre pour la cassation : titre de presse. Le mot « ligne rouge » de Jean-Philippe Tanguy : rapporté par LCP.
Non trouvé. Toute prise de parole de Xavier Bertrand et de David Lisnard, pour la deuxième semaine. Toute réponse du Rassemblement national au pacte proposé par Éric Ciotti, et toute réaction de ce parti à la piste du gel des pensions. Le texte intégral du discours d’Hénin-Beaumont. Une décision de Fitch, de Moody’s ou de S&P ; le niveau exact de l’écart de taux à la clôture de vendredi. Les unes de la presse quotidienne, jour par jour.
Samedi 19 septembre. Dette, déficit, retraités, aides au logement : dépêche AFP du 19 septembre, 19 h 41. Note de la France : décision de Scope Ratings connue par ses reprises (Orange, AFP), communiqué de l’agence non lu. Communiqué de Marine Le Pen et Jordan Bardella, réponse de Gabriel Attal : AFP du 19 septembre, 20 h, communiqué non lu à la source. Fabien Roussel au péage de Chamant-Senlis : AFP du 19 septembre. Réunion de l’Élysée : page de l’Élysée du 18 septembre, lue.
Chiffres qui divergent. 1 681 candidats aux sénatoriales selon le ministère de l’Intérieur, 1 686 selon Public Sénat. Primaire socialiste les 9-10 octobre selon LCP et Public Sénat, les 10-11 selon une autre source ; nous gardons les 9 et 10.
Dossier de la semaine. Délais : fiche de l’Assemblée nationale sur l’examen des lois de finances (Constitution, art. 47 ; loi organique, art. 39, 42 et 45). Loi spéciale : ministère de l’Économie, 30 décembre 2025. Budget 2026 et motions de censure : LCP, 2 février 2026. « À la même distance du vote » : dates et résultats de notoriété publique. Second tour OpinionWay : lecture de la notice n° 10260, qui publie plusieurs modes de calcul.
Sources — les pièces lues par la chaîne (55)
- Commission des sondages — notices « Présidentielle 2027 »
- Notice 10262 — Ipsos bva-CESI pour Le Monde, Cevipof, FJJ, Institut Montaigne
- Ipsos — Présidentielle 2027 : le point à 7 mois du scrutin, 13 septembre 2026
- Notice 10263 — Toluna Harris Interactive pour M6-RTL
- Notice 10239 — Toluna Harris Interactive, vague d’août
- Notice 10250 — Ipsos bva-CESI pour Le Parisien
- Notice 10260 — OpinionWay pour CNews
- Notice 10261 — Ipsos bva-CESI pour La Tribune Dimanche
- Notice 10266 — Elabe pour BFMTV
- Notice 10267 — Odoxa-Backbone pour Le Figaro
- Odoxa — résultats de l’enquête carburants, 16 septembre 2026
- Notice 10265 — CSA pour CNews, Europe 1, Le JDD
- Cluster17 pour Terra Nova — la structure de l’électorat français, 14 septembre 2026
- Reuters via WHBL — French extreme candidates steam ahead, 13 septembre 2026
- AFP via Orange — Le Pen à Hénin-Beaumont, 13 septembre 2026
- AFP via Orange — Zemmour place l’IA et la remigration au centre, 13 septembre 2026
- Public Sénat — Laurent Jacobelli sur la priorité nationale, 14 septembre 2026
- LCP — Marine Le Pen préfère un budget imparfait à une loi spéciale, 14 septembre 2026
- LCP — LFI censurera « quoi qu’il arrive », 15 septembre 2026
- AFP via Orange — Lecornu rouvre les lettres-plafonds, 15 septembre 2026
- Public Sénat — grèves et manifestations du 15 septembre 2026
- Public Sénat — Bruno Le Maire : « un accident financier majeur », 15 septembre 2026
- info.gouv.fr — compte rendu du Conseil des ministres du 16 septembre 2026
- Ministère de l’Intérieur — sénatoriales 2026 : la liste des candidats, 16 septembre 2026
- Public Sénat — les chances du RN d’avoir un groupe au Sénat, 16 septembre 2026
- Public Sénat — cinq candidats à la primaire PS, 16 septembre 2026
- LCP — les candidats sur la ligne de départ de la primaire de gauche, 16 septembre 2026
- Le Journal du Net — six candidats en lice, 16 septembre 2026
- Public Sénat — Lecornu reçoit l’état-major du Sénat, 16 septembre 2026
- Public Sénat — Lecornu propose un effort de 54 milliards, 17 septembre 2026
- Public Sénat — Gabriel Attal et les États-Unis d’Europe, 17 septembre 2026
- Le Grand Continent — « Le moment des États-Unis d’Europe est venu », Gabriel Attal, 17 septembre 2026
- AFP via Bourse Direct — le plan d’Édouard Philippe pour une « sécurité climatique », 17 septembre 2026
- AFP via Boursorama — Attal plaide pour des « États-Unis d’Europe », 17 septembre 2026
- LCP — Éric Zemmour officialise sa candidature, 17 septembre 2026
- L’Avenir (AFP) — Zemmour confirme qu’il sera candidat, 18 septembre 2026
- Public Sénat — Olivier Faure et la régularisation de 400 000 travailleurs, 17 septembre 2026
- Public Sénat — Macron convie les chefs de partis, 17 septembre 2026
- Élysée — situation internationale : réunion avec les chefs des partis, 18 septembre 2026
- Public Sénat — les candidats à l’Élysée face à la crise internationale, 18 septembre 2026
- Public Sénat — la prise de parole d’Emmanuel Macron et les sorties de réunion, 18 septembre 2026
- AFP via Orange — « une journée noire » le 29 septembre, 18 septembre 2026
- Reuters via Boursorama — le spread Bund-OAT à 100 pdb, 18 septembre 2026
- Public Sénat — l’appel à manifester le 17 octobre, 18 septembre 2026
- Le Journal du Net — la gauche annonce une motion de censure, 18 septembre 2026
- AFP via Orange — fil politique du 18 septembre 2026 (Le Porge, MoDem, Dupont-Aignan)
- Titrespresse — titres relevés sur la candidature Zemmour, 17-18 septembre 2026
- Titrespresse — titres relevés sur la rentrée du MoDem, 18 septembre 2026
- Titrespresse — titres relevés sur le vote des Écologistes, 18 septembre 2026
- LCP — la liste des candidats déjà en lice, mise à jour le 16 septembre 2026
- france-vote.fr — candidats déclarés, 14 septembre 2026
- LCP — Philippe, Attal, Retailleau : la réunion proposée, 9 septembre 2026
- Maire-info — présidentielle 2027 : calendrier et parrainages
- La Gazette France — le procès en appel de François Bayrou, 9 septembre 2026
- Arcom — pluralisme politique, communiqué du 9 juillet 2026