2027, le film
n° 1 — la semaine du 7 au 12 septembre 2026
La semaine qu'on a racontée, et celle qui s'est jouée
Samedi 12 septembre, seize heures. À la Fête de l'Humanité, à Brétigny-sur-Orge, Jean-Luc Mélenchon prend la parole sur le stand insoumis ; à dix-sept heures quarante selon le parti, sur la grande scène, Fabien Roussel tient le premier meeting de sa campagne, six jours après un vote des adhérents communistes — 72,06 % des suffrages exprimés. Le même après-midi, Bruno Retailleau fait sa rentrée à Nogent-sur-Marne — « je ne suis pas centriste » — et le Rassemblement national tient ses journées parlementaires au Touquet. Il restait, ce samedi, trente et une semaines avant le premier tour ; le décret de convocation n'est pas paru. Mais la veille, à dix-huit heures, une autre liste s'est close : celle des candidats aux sénatoriales du 27 septembre, seul scrutin national d'ici avril.
La semaine a été racontée en mots. Dimanche 6 au soir, la veille de la semaine, Mathilde Panot annonce sur BFMTV que La France insoumise reviendrait sur l'interdiction de l'abaya à l'école ; six jours de laïcité suivent — « une trahison de la laïcité » pour Édouard Philippe, « les sous-traitants de l'idéologie islamiste » pour Marine Le Pen, puis les propos d'Aurore Bergé sur le « grand remplacement », repris dans sa propre famille politique — et le 11, l'AFP titre « Dette, voile et abaya : Le Pen et Mélenchon tissent le fil de la campagne ». Au centre, le récit fut celui d'une main tendue refusée : le 8, Philippe propose aux chefs de partis de la droite et du centre un « comité » réuni « autour de la Toussaint » ; le jour même, Retailleau répond « Non, je n'irai pas ». La semaine s'est jouée en chiffres et en calendriers. Vendredi, le gouvernement a « divisé par deux » sa prévision de croissance 2026, à 0,5 %, et le Trésor a imputé 0,2 point perdu à « l'incertitude politique et débats budgétaires à rallonge » ; samedi, au Touquet, Le Pen a dit préférer un budget « imparfait », adopté avant la présidentielle, à une loi spéciale — le texte d'urgence qui, faute de budget voté, reconduit les impôts. L'épreuve de l'automne, un budget sans majorité, a changé de nature avant l'ouverture de la session : le groupe présumé censeur a énoncé des conditions, non un refus. Et le même vendredi, le premier vote du cycle a fermé ses listes.
Ce qui a bougé
À droite et au centre, la demande de primaire a été réitérée sans instance nouvelle. Le 8, Hervé Morin écrit à Retailleau, Philippe, Attal et Lisnard pour la demander ; le même jour, Philippe propose son comité, du MoDem à Nouvelle Énergie ; Retailleau refuse — « Cette élection, elle ne se gagnera pas au centre » ; Attal, le lendemain, renvoie à son propre comité de liaison. Cluster17 pour Le Point, terrain du 31 août au 1er septembre, publié le 9, mesure le débat : 31 % de Français favorables à une primaire droite-centre, 39 % contre, 30 % sans opinion. Le mouvement réel est sur la ligne de l'accès — parrainages, argent, exposition : David Lisnard déclare disposer déjà de ses cinq cents parrainages, avant que le recueil n'existe ; Retailleau nomme huit porte-parole.
Le calendrier, ensuite. Le 11, l'Insee ramène la croissance 2026 à 0,4 %, le gouvernement à 0,5 %, le déficit 2026 dépassera 5 % — « Nous n'avons plus de gras », dit Roland Lescure ; l'écart de taux avec l'Allemagne est donné, le 10, à 0,94 point, au plus haut depuis 2012 selon une source unique. La veille, Maud Bregeon parlait « d'un budget pour 5 ou 6 mois ». Le 9, le procès en appel de François Bayrou et du MoDem s'est ouvert devant la cour d'appel de Paris, audiences jusqu'au 5 octobre. Et la déclaration du Touquet — budget imparfait plutôt que loi spéciale, un gel de l'immigration jusqu'au scrutin en substance — pose une condition, non un programme ; elle déplace le Rassemblement national de la censure présumée à la négociation ouverte.
Les sénatoriales ont produit la rupture la plus nette de la semaine : le 11, Hervé Marseille, président du groupe Union centriste, qualifie de « coup de poignard » le soutien de Retailleau à Valérie Boyer dans les Bouches-du-Rhône, contre la liste d'union conduite par Brigitte Devésa et investie par son propre parti. Le 27 septembre, 178 sièges sur 348 se renouvellent dans 63 départements, votés par 87 000 à 94 000 grands électeurs selon les sources — à 95 % des conseillers municipaux et leurs délégués : une partie du corps habilité à parrainer en 2027 vote pour la première fois du cycle. Le RN compte trois sénateurs ; un de ses parlementaires en annonce « entre 9 et 13 » à Public Sénat ; il en faut dix pour former un groupe.
À gauche, l'élargissement de la primaire du PS et de Place publique est refusé par ses organisateurs. Le 8, Raphaël Glucksmann la ferme à François Ruffin — « On ne change pas les règles en cours de jeu » ; le 12, Mélenchon — « Nous sommes prêts à gouverner » — et Roussel parlent le même après-midi, sur le même site, sans candidature commune. Le bloc s'est élargi d'une candidature quand la grille attendait qu'il se resserre.
Où en est la partie
Trois temps : se qualifier, se différencier, coaliser. La partie est au premier ; ses portes restent fermées — ni décret, ni recommandation de l'Arcom — et la session s'ouvre le 1er octobre, l'examen du budget courant du 12 octobre au 17 novembre, jour du vote solennel. Sur les intentions de vote, la semaine n'a rien produit chez Ifop, Elabe et Ipsos ; la mesure la plus récente sur la configuration — la liste de candidats testée — Philippe seul au centre et Glucksmann à gauche reste celle d'Ipsos bva-CESI pour Le Parisien, terrain du 31 août au 2 septembre : Le Pen 34,5, Philippe 19, Mélenchon 15, Glucksmann 12, Retailleau 7,5.
Ce que la grille retient — à vérifier
Un. Au soir du 27 septembre, au moins dix sénateurs auront été élus sous l'étiquette du Rassemblement national. Neuf ou moins réfute. Le motif : les 119 sièges à la proportionnelle des grands départements — pourtour méditerranéen, Rhône, Gironde — convertissent un socle que le scrutin majoritaire laissait sans élu.
Deux. Au 17 novembre 2026 inclus, quelle que soit l'avancée du budget, aucune motion de censure n'aura été adoptée. Une motion adoptée réfute. Le motif : depuis le 12 septembre, le groupe présumé censeur a énoncé des conditions, non un refus.
Trois. Le premier tour de la primaire du PS et de Place publique, les 9 et 10 octobre, réunira moins de 150 000 votants au décompte publié par ses organisateurs ; sans décompte publié au 12 octobre, la lecture est réputée réfutée. Le motif : la règle d'accès — adhérents, ou 15 euros pour les autres — fixe la taille du corps avant le vote.
Ce que la semaine n'a pas établi
La réponse du Rassemblement national au pacte proposé par Éric Ciotti le 5 septembre : cinq communiqués du parti dans la semaine, aucun sur ce sujet. Le verbatim de la déclaration du Touquet, lu par reprise, non à la source. Le jour de la proposition de Philippe — lundi 7 selon Public Sénat, mardi 8 selon LCP et l'AFP ; le 8 est retenu. Toute prise de parole de Xavier Bertrand. Les sept notices déposées dans la semaine à la Commission des sondages, dont trois OpinionWay, deux à terrain dans la semaine : aucune n'a pu être ouverte, leurs chiffres ne sont pas cités. Les éditoriaux de la presse quotidienne, inaccessibles à la chaîne : la semaine racontée se lit ici dans les dépêches. Ces vides seront rouverts lundi prochain.
Le registre
Le numéro 0 tenait trois lectures. Les cinq candidatures à droite et au centre seront cinq au 17 octobre : en attente, non réfutée — aucun retrait, aucun ralliement ; Retailleau et Attal ont décliné la main tendue. Le Pen entre 32 et 36 % chez Ifop, Elabe et Ipsos après le 10 septembre : en attente — aucune vague ; Ipsos mesurait 34,5 sur la configuration de la lecture, 36 sur une autre, avant le seuil. Deux retraits avant le 17 octobre : en attente — aucun retrait relevé, douze des dix-huit candidatures non instruites cette semaine, une candidature lancée. Cinq des sept vides du numéro 0 sont comblés — le vote communiste, l'écart Cluster17, la parution d'Unir, le plafond de dépenses, la peine d'appel de Le Pen — ; le détail est en annexe.
Générique
Ce panorama est produit chaque lundi par Frontière, Marseille — Frontier intelligence for leadership advisory. Une chaîne d'agents lit les sources publiques de la semaine et les range sur une grille propriétaire, le fuseki « public office campaign » : six questions — l'espace, l'accès, la coalition, le récit, la machine, l'épreuve — posées aux trois temps, éprouvées sur 2017 et 2022. Chaque fait a été rangé à son cran dans les dossiers d'instruction — établi, déclaré, réserve, non établi — et le texte signale ce qui n'est que déclaré. La machine lit un système, un calendrier, une organisation, une langue — et jamais une personne (en ligne avec la réglementation européenne sur l'intelligence artificielle et les données personnelles). Aucune intention n'est prêtée à quiconque hors citation. Les sondages cités portent leurs mentions légales en annexe.
Alice Arnaud — Frontière, Marseille, le 14 septembre 2026.
Annexe — les sondages cités, et leurs mentions légales (loi du 19 juillet 1977, art. 2)
Pour chaque sondage cité ou mentionné dans le corps : l'institut, le commanditaire ou l'acheteur, les dates de terrain, l'échantillon, la méthode, et la référence de la notice déposée à la Commission des sondages, où figurent le texte des questions et les marges d'erreur. Aucune notice de la semaine n'a pu être ouverte ; les chiffres repris viennent des rapports publiés par les instituts.
| Institut · enquête | Commanditaire | Terrain | Échantillon | Méthode | Référence |
|---|---|---|---|---|---|
| Cluster17 — intentions de vote présidentielle 2027, et module « bloc central » | Le Point | 31 août – 1er septembre 2026 | 1 711 personnes de 18 ans et plus, dont 1 628 inscrits ; effectifs utiles après redressement 1 150 (hyp. 1), 1 131 (hyp. 2), 1 211 (hyp. 3) | questionnaire auto-administré en ligne ; quotas (sexe, âge, CSP, taille de commune, région) ; redressement sur les variables sociodémographiques et la probabilité de vote ; calage politique sur le 1er tour 2022 et les européennes 2024 ; résultats bruts non publiés dans le rapport | Notice n° 10251, déposée le 5 septembre 2026 (non ouverte) ; rapport de l'institut du 7 septembre et module du 9 septembre lus |
| Ipsos bva – CESI École d'ingénieurs — intentions de vote présidentielle 2027 | Le Parisien | 31 août – 2 septembre 2026 | 1 500 inscrits sur les listes électorales ; bases par hypothèse de 979 à 1 020 | Access panel Ipsos, auto-administré en ligne ; quotas (sexe, âge, profession, zone) ; calage sur marges ; six hypothèses de premier tour, aucun second tour ; résultats exprimés en pourcentages bruts | Notice n° 10250, déposée le 5 septembre 2026 (non ouverte) ; rapport complet de l'institut lu |
| Odoxa-Backbone — primaire à droite et au centre (mentionné, non cité en chiffres) | Le Figaro | non établi | non établi | non établi | Notice n° 10257, déposée le 9 septembre 2026 — non ouverte : aucun chiffre repris |
| OpinionWay — intentions de vote (trois enquêtes, non citées en chiffres) | Le JDD ; Les Échos ; CNews | 2-3, 8-9 et 9-10 septembre 2026 (selon les agrégateurs) | environ 1 000 personnes chacune (selon les agrégateurs) | non établi | Notices n° 10252, 10259, 10260, déposées les 7, 10 et 11 septembre 2026 — non ouvertes : aucun chiffre repris |
Annexe — les vides du numéro 0, rouverts
Les sept vides nommés au numéro 0, rouverts cette semaine.
- Le vote des adhérents communistes — comblé, établi : scrutin du 3 au 6 septembre, 24 112 votants sur 37 620 inscrits (64,09 %), 17 267 pour (72,06 % des suffrages exprimés), 5 271 contre, 1 424 abstentions ; proclamé par la commission nationale du vote du PCF le 6 septembre.
- L'écart Cluster17 — comblé, établi sur le rapport de l'institut : trois facteurs — un redressement (la correction statistique de l'échantillon) par probabilité de vote, qui retient 1 150 répondants utiles sur 1 711 ; un double calage politique sur le premier tour 2022 et les européennes 2024 ; une offre à onze noms, Villepin à 3,5 %. Le chiffre brut de 26,1 % cité au numéro 0 ne figure pas dans le rapport ; la notice qui le porterait n'a pas pu être ouverte.
- Le plafond de dépenses — comblé sur le montant, établi : 16 851 000 euros au premier tour, 22 509 000 euros au second, sur info.gouv.fr ; 16,8 et 16,9 millions étaient deux arrondis d'un même montant. Le décret qui le fixe reste non identifié.
- La peine d'appel de Marine Le Pen — comblé par recoupement de deux sources : arrêt du 7 juillet 2026, trois ans d'emprisonnement dont deux avec sursis, 100 000 euros d'amende, quarante-cinq mois d'inéligibilité dont trente avec sursis, les quinze mois fermes réputés exécutés par l'effet de l'exécution provisoire du 31 mars 2025 — d'où l'éligibilité ; pourvoi annoncé le 7 juillet ; la Cour de cassation a indiqué statuer avant le premier tour. Le communiqué de la cour d'appel n'a pas été lu.
- La parution d'Unir — comblé : Robert Laffont, 3 septembre 2026, 304 pages, deux sources indépendantes.
- Les séries antérieures Ifop, Elabe, Ipsos — relevées à l'index de la Commission des sondages : Ifop vagues 4 (notice 10179, 3 mai) et 5 (10242, 26 août) ; Elabe 10226 (11 juillet) et 10245 (29 août), six configurations chaînables ; Ipsos 10195 (1er juin) et 10250 (5 septembre). Les notices elles-mêmes restent non ouvertes.
- La presse étrangère et les think tanks — toujours un vide d'accès ; aucune publication de think tank sur 2027 relevée dans la semaine.
Sources — les pièces lues par la chaîne
- Commission des sondages — notices « Présidentielle 2027 »
- info.gouv.fr — Élection présidentielle 2027 (page modifiée le 8 septembre 2026)
- info.gouv.fr — Présidentielle 2027 : dates et informations clés (plafond de dépenses)
- info.gouv.fr — compte rendu du Conseil des ministres du 10 septembre 2026 (Maud Bregeon)
- Ministère de l'Intérieur — élections sénatoriales du 27 septembre 2026
- Sénat — site des sénatoriales 2026
- Public Sénat — le dépôt des candidatures aux sénatoriales est clos, 11 septembre 2026
- Public Sénat — les enjeux des sénatoriales, 11 septembre 2026
- Public Sénat — le « coup de poignard » d'Hervé Marseille, 11 septembre 2026
- Public Sénat — la main tendue d'Édouard Philippe, 9 septembre 2026
- LCP — Attal et Retailleau iront-ils à la réunion proposée par Philippe ?, 9 septembre 2026
- AFP via Orange — droite, centre, « macronie », la grande dispersion, 10 septembre 2026
- Le Figaro (via agrégateur) — le courrier d'Hervé Morin, 8 septembre 2026
- Le JDD — Bruno Retailleau présente ses porte-parole, 8 septembre 2026
- AFP via Orange — abaya : LFI accusée de « trahir » la laïcité, 7 septembre 2026
- Public Sénat — « grand remplacement » : les historiens répondent à Aurore Bergé, 10 septembre 2026
- LCP — Aurore Bergé critiquée après ses propos, 10 septembre 2026
- AFP via Orange — Dette, voile et abaya : Le Pen et Mélenchon tissent le fil de la campagne, 11 septembre 2026
- Public Sénat — « Nous n'avons plus de gras », 11 septembre 2026
- AFP via Orange — le gouvernement abaisse encore sa prévision de croissance, 11 septembre 2026
- AFP via Orange — l'Insee abaisse sa prévision à 0,4 % pour 2026, 11 septembre 2026
- Journal du Net — l'écart de taux France-Allemagne au plus haut depuis 2012, 11 septembre 2026
- Public Sénat — Lecornu recevra Larcher et les présidents des groupes LR et centriste, 10 septembre 2026
- AFP via Orange — le procès en appel de François Bayrou et du MoDem s'est ouvert, 9 septembre 2026
- La Nouvelle République (via agrégateur) — Marine Le Pen préfère un budget même « imparfait », 12 septembre 2026
- LCP — Glucksmann ferme la porte à Ruffin, 8 septembre 2026
- LCP — Ruffin reproche à Glucksmann d'avoir « peur des électeurs », 9 septembre 2026
- LCP — pourquoi faudra-t-il payer 15 euros pour voter à la primaire, 9 septembre 2026
- LCP — à la Fête de l'Humanité, Mélenchon et Roussel se livrent un duel, 12 septembre 2026
- AFP via Orange — duel à distance Mélenchon / Roussel, 12 septembre 2026
- PCF — Fabien Roussel désigné candidat, résultats du vote, 6 septembre 2026
- L'Express / 6Médias via Orange — la rentrée de Bruno Retailleau, 12 septembre 2026
- AFP via Orange — Édouard Philippe défend le « rassemblement », 12 septembre 2026
- Rassemblement national — communiqués de la semaine
- Cluster17 — sondage présidentielle 2027 pour Le Point, 7 septembre 2026 (rapport)
- Cluster17 — « Édouard Philippe domine un bloc central en quête d'unité », 9 septembre 2026
- Cluster17 — questions d'actualité « bloc central », septembre 2026 (rapport)
- Ipsos bva-CESI pour Le Parisien — rapport complet, 5 septembre 2026
- NosParlementaires — le calendrier du budget 2027 à l'Assemblée
- Arcom — pluralisme politique, communiqué du 9 juillet 2026
- Touteleurope — Marine Le Pen condamnée en appel mais éligible, 9 juillet 2026
- Le Club des juristes — affaire des assistants parlementaires du FN, 7 juillet 2026
- Librairie Un fil à la page — Unir, François Hollande, Robert Laffont, 3 septembre 2026